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Musique, trop musicienne…

« Je me demandais si la musique n’était pas l’exemple unique de ce qu’aurait pu être - s’il n’y avait pas eu l’invention du langage, la formation des mots, l’analyse des idées - la communication des âmes. Elle est comme une possibilité qui n’a pas eu de suites; l’humanité s’est engagée dans d’autres voies, celles du langage, parlé et écrit. »

Marcel PROUST, La Prisonnière, Paris, Gallimard, La Pléiade, 1971, III, p. 264.

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et… Voulez-vous un petit point de réflexion pour comprendre pourquoi l'oeuvre de Schopenhauer était l’une des sources, voire l’une des matrices, de la pensée nietzschéenne et freudienne ***?

« La musique, qui va au-delà des idées, est complètement indépendante du monde phénoménal ; elle l'ignore absolument, et pourrait en quelque sorte continuer à exister, alors même que l'univers n'existerait pas [...]. C'est pourquoi l'influence de la musique est plus puissante et plus pénétrante que celle des autres arts ; ceux-ci n'expriment que l'ombre, tandis qu'elle parle de l'être [...] c'est là ce qui lui donne une si haute valeur et en fait le remède de tous nos maux [...]. Elle exprime ce qu'il y a de métaphysique dans le monde physique, la chose en soi de chaque phénomène. En conséquence, le monde pourrait être appelé une incarnation de la musique tout aussi bien qu'une incarnation de la volonté. »  (« ein Abbild des Willens selbst »)

Arthur SCHOPENHAUER, Le monde comme volonté et représentation, tome I, Paris, Folio Gallimard, collection Essais, 2009, pp. 267-276.

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Nietzsche arrive au point de faire, explicitement, de l’Art une exigence pour approcher son œuvre :

« … un livre pour Initié et qui, comme en « Musique », depuis l’origine des choses, s’adresse à ceux submergés par la musique et qui, dans un rapport consanguin immédiat, n'entretiennent avec les choses que des relations artistiques instinctives. »  (« als Erkennungszeichen für Blutsverwandte in artibus »)

Friedrich NIETZSCHE, La naissance de la tragédie, (Introduction),  Essai d’une critique de soi-même – trad. Maximianno Cobra - 1997.

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*** L’apport fondamental de l’approche musicale et/ou artistique chez Schopenhauer et Nietzsche, constitue, pour nous, une clé pour comprendre l’apparent paradoxe de la très complexe problématique de Freud eu égard la musique et de sa quasi « nécessité » de se réclamer « sans aucun sens musical » (« ganz unmusikalisch »).

En guise de complément-synthèse :

« La musique est à la psychanalyse ce que l’amour est à la vérité: deux amantes inséparables pour l’amoureux, mais dans l’utopie de leur impossible rencontre. »

François PERRIER, “Musique déjouée?”, La Chaussée d’Antin, tome I, Paris, Union Générale d’Éditions, collection 10/18, 1978, p. 25.

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« A quoi la musique fait appel en nous, il est difficile de le savoir; ce qui est certain, c’est qu’elle touche une zone si profonde que la folie elle-même n’y saurait pénétrer. »

Emile-Michel CIORAN, De l’inconvénient d’être né, Paris, Folio Gallimard, collection Essais, 1973, p. 111.

 

Maximianno COBRA

 

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